Octobre : Les Mois en Franche-Comté (...)

Charles Beauquier a  publié les  "Les Mois en Franche-Comté" dans la Revue des Traditions, tout au long de 12 parutions, pour l'année 1899, de ce mensuel d'ethnologie. 
L'Histoire de notre village est intimement liée à grand personnage et à son intervention à la Source du Lison

Nous poursuivons donc la publication au fil de cette année 2026 et  de celle de 2027, des extraits choisis de ses "Mois de l'Année en Franche-Comté" avec  aujourd'hui  le mois d'Octobre.

Pinte à midi, pinte le soir,
Trois muids de vin, il faut avoir.

Charles Beauquier dans "Franche-Comté la Tradition tout au long de l'année"

Octobre : Les Mois en Franche-Comté (...)

OCTOBRE

 

Octobre est d'ordinaire, en Franche-Comté le mois consacré aux vendanges. Il y a un demi-siècle à peine, le vignoble était encore très important et produisait au-delà de ce que pouvaient consommer les habitants de la région : il comptait même des crûs comme les vins d'Arbois, de l'Étoile, des Arsures, etc. dont la réputation s'étendait hors des limites de notre province.
Tous les environs de Besançon étaient emplantés de vignes. Au moment des vendanges, les propriétaires invitaient les amis à assister à la cueillette  du raisin. On dînait sur l'herbe dans un pré voisin ; on dansait des rondes ; on jouait aux jeux innocents et, le soir venu, on rentrait, en chantant tout le long du chemin.
Pendant la vendange, à quatre heures, on faisait la mouillotte. Ce repas consistait en un ou plusieurs verres de vin sucré dans lequel maîtres, ouvriers ou journaliers trempaient leur pain. On sonnait la cloche pour annoncer la mouillotte.
Sur toutes les routes aboutissant à la ville, c'était un défilé interminable de voitures chargées des bosses¹ des vendanges qui s'arrêtaient, pendant des heures, aux baraques de l'octroi.  Une fois entrée, un immense cuveau, préparé devant la porte de la maison, recevait la bosse, qu'on débondait et qu'on roulait sur une planche pour lui faire verser son contenu. Immédiatement une nuée de gamins se précipitaient pour picorer les grains noyés dans le jus. Les plus prévoyants avaient préparé de longues pailles ou des chénevottes, au moyen desquelles ils aspiraient le vin doux. Les voisins, avec la permission  du propriétaire récoltant venaient emplir de vendange les vaisseaux les plus variés qu'ils emportaient chez eux. Il y avait abondance, on se montrait généreux ².
Deux quartiers de la ville, Battant et Charmont, étaient presque exclusivement habités par des vignerons. En toute saison, on les voyait vaquer par les rues, coiffés d'un bonnet de coton, les jambes dans de longues guêtres de toile (golèches), la serpette (lourot) pendant à la ceinture et la hotte au dos. Jamais ils ne quittaient leur hotte, même en dehors de leurs travaux : c'est tout au plus s'ils se décidaient à s'en débarrasser pour se coucher. Barbizier, le héros patoisant de la crèche, dont les gouailleries réjouissent encore à Noël les petits et les grands, caractérisait exactement ce type.
[...]

 ¹ : Gros Fût

² : Dans l'ancien temps c'était encore mieux: il suffisait de s'approcher de la cuve et de dire un Pater pour recevoir un chauveau de vin doux : on en donnait une pinte à qui disait un Pater et un Ave.

 

 

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