La Ferme du Gyps (15)...

 

La ferme du Gyps...

L'apprentie

( - 15 - )

Durant cette année mille neuf cent vingt, les malades furent nombreux, Marie et la fouine battirent la campagne pour prodiguer soins et réconfort aux malades.

 

Marie n’accepta de soigner que les enfants du village, et nombreuses furent les pertes dans le pays, le village était divisé et affaibli, mais paradoxalement la maladie se répandit très lentement, comme si le foyer infectieux n’avait pas encore atteint son paroxysme.

 

La fouine apprenait très vite, elle mettait un point d’honneur à écouter les explications de Marie et celle-ci se rendit vite compte qu’elle avait les aptitudes nécessaires à détenir ce savoir, souvent elle se disait que c’était à sa fille qu’elle aurait dû apprendre, mais elle la savait à l’abri du village, les sœurs avait bien pris soin d’elle et Marie leur avait porté de quoi se protéger elles et les enfants de cette maladie terrible. Pour la remercier, les sœurs lui offrirent de poursuivre l’éducation de la petite et de lui faire suivre des études. Marie leur en était reconnaissante.

 

Malgré le chagrin de la séparation, Marie savait que c’était mieux pour l’enfant, qu’avait-elle de mieux à lui offrir qu’une maison éventrée en son milieu et ce visage brûlé, elle aurait sûrement été terrifiée en la voyant.

Bientôt la fouine en saurait autant qu’elle et Marie se consolait en se disant que son savoir ne serait pas perdu.

Un an déjà qu’elle la suivait partout.

 

Et Marie remerciait le ciel de lui laisser le temps de tout lui apprendre, cependant elle s’inquiétait que la petite ne dérive.

Les plantes devaient guérir et Marie jugeait préférable de ne pas lui en apprendre certaines, après tout la fouine se rapprochait beaucoup de Marie et elle craignait que cette affection ne devienne de la haine pour le village, elle devait d’abord sortir tout ressentiment du cœur de la demoiselle.

Marie la trouvait changée, elle atteignait les quatorze ans et si cette enfant avait des dispositions pour les plantes, que ressentait -elle en son for intérieur?

 

La fouine, elle, ne se posait pas de questions, elle était heureuse de ce qu’elle apprenait, et puis au village les gosses n’osaient plus se moquer, elle était comme Marie alors ils se méfiaient, ils la craignaient un peu, c’était nouveau pour elle. La mauvaise graine ressentait le pouvoir et ce n’était pas pour lui déplaire. Mais une fois près de Marie, elle effaçait les autres de son esprit et se concentrait sur le séchage des plantes. Marie disait que c’était une étape des plus importantes car une plante mal séchée pouvait gâter toute la récolte.

Elle apprenait à les reconnaître, à donner à chacune un nom, une utilisation, une préparation, elle aidait au séchage, au broyage, elle préparait des onguents, des tisanes, des pommades, elle soignait aussi bien les hommes que les bêtes.

 

D’ailleurs, elle était très fière lorsque Marie la laissait préparer le cataplasme de Mignon.

Le cheval du Taillandier s’était fait une vilaine entaille à la jambe et la fouine avait soigné l’animal, chaque matin, accompagnée de Marie au début, puis seule ensuite, elle se rendait à l’écurie pour refaire le bandage de toile si bien qu’elle finit par tisser un lien avec l’animal.

Elle l’avait si bien soigné que le taillandier voulut la récompenser d’une pièce mais la fouine refusa, elle lui répondit qu’il l’avait déjà payée avec le bois lorsque son père était malade.

 

Ce jour-là, ce fut Marie qui fut fière et elle décida qu’elle méritait une récompense. Elle lui offrit un nouveau tablier pour remplacer le sien plein de rapponce.

La fouine arborait son trophée dans les rues du village.

Il était pour elle le signe de la reconnaissance de son savoir. Et elle ne se priva pas d’en faire écho.

 

Le bruit a couru bientôt au village qu’il y avait une seconde sorcière, capable de guérir, et chacun se précipita à la courtiser afin d’être dans ses bonnes grâces. Les mets affluèrent sur la table de la famille du journalier.

Marie la mit en garde contre la flagornerie, ce à quoi la petite futée lui répondit

-Si les beuillots nourrissent les miens, tant mieux pour nous et tant pis pour eux!

Marie éclata de rire devant la ruse de la fouine, qui resta interdite en entendant le rire cristallin, cela n’était jamais arrivé avant ce jour puis elle se mit à rire aussi.

La complicité entre elle était si évidente que Marie n’eut plus de doute et se dit qu’il était temps de lui enseigner les plantes qui donnent la mort: Le sabot du pape, le bouton noir, le gant de notre dame, ou la mort aux poules.

 

Dans le cheminement de l’apprentissage, la fouine découvrait tout un monde et l’immensité de ses capacités.

L’œil de cheval, l’épine blanche, le manteau des dames, la racine du saint Esprit, l’herbe de la saint Jean, l’herbe aux teigneux, l’herbe de saint Benoit, l’origan des marais, le cierge de notre dame et tant d’autres.

Elle regardait les plantes encore et encore dans les bocaux alignés sur l’étagère. Dans sa tête, elle se récitait pour chacune d’entre elles  son nom, quand la cueillir, où la trouver, quelle partie utiliser : fleurs, feuilles, racines et pour quel maux l’utiliser.

Marie se réjouissait des progrès de sa jeune élève car elle le pressentait, le temps pressait. Le pire était encore à venir.

[...]

 

🔊: L'extrait d'aujourd'hui bientôt lu par Kali Retsuf ... mais en attendant....

 

À suivre:   # La Ferme du Gyps

  

 

La nouvelle " La Ferme du Gyps"  est publiée sur ce blog avec l'accord de l'Auteure/Éditrice du livre: Pascale FUSTER.

 

Avertissement

Tout ce qui est écrit est purement imaginaire à l’exception de la beauté des maisons et des sites naturels.

Toute ressemblance avec un individu existant ou ayant existé ne peut être que pure coïncidence.

Sont cités les noms de personnes célèbres qui ont acquis une notoriété publique.

Sont utilisées les images du domaine public.

Les noms de familles sont des lieux-dits du village.

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Année publication : 3 -ème trimestre 2020

ISBN : 978-2-9573108-0-7

 

Article publié le Vendredi 18  Novembre 2022...

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